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Un mois au sein de la communauté points cœur de Libas aux Philippines

Notre escale Manilène terminée, nous embarquons dans le bus pour San Carlos afin de rejoindre la communauté Points Cœur de Libas, petit village de cette grande agglomération du centre de Luzon. Comme bien souvent en Asie, les 4 heures de bus prévus en deviennent 7, laissant aux enfants le temps de se faire hypnotiser par le film Megalodon, avec Jason Statham en "guest star". L'affiche et la bande annonce se suffisant à elles-mêmes pour comprendre tout le film, je vous épargne la description de ce chef d'œuvre hollywoodien..



Arrivés à San Carlos, nous sommes accueillis par Louis, membre permanent de l’association qui nous conduit jusqu’au village de Libas et nous fait découvrir les lieux.


Notre logement est assez sommaire, une maison construite en parpaings avec deux chambres sans vraie porte ni fenêtre et des matelas à même le sol ; une pièce d'eau sans eau courante et une cuisine qui semble servir à tout sauf à cuisiner. En réalité, nous ne passerons que nos nuits dans cette maison donc ça fera tout à fait l'affaire et ça nous permet d'avoir une certaine "intimité" à l'écart de la communauté ! En effet, les repas, les douches, les jeux, les discussions, ... bref, toute la vie quotidienne se passe dans une autre maison commune qui a été construite à proximité par l'association sur un terrain qu'une famille locale leur a donné.



De construction récente et réalisée avec beaucoup de soin et de goût, cette maison constitue une base de vie très confortable pour la communauté dans ce petit village de Libas. Elle occupe un terrain de quelques hectares au milieu des champs et de la nature avec une belle vue sur les montagnes avoisinantes, donnant des couchers de soleil à couper le souffle !


Les pièces de vie (cuisine, salles de bain, salon) ainsi que l'immense terrasse donnant sur le jardin sont très confortables et sont complétées par une petite chapelle qui permet aux missionnaires de vivre pleinement leur foi. En effet, si l'association n'est plus reconnue par l'Eglise depuis 2020, ses membres restent néanmoins de fervents catholiques dont la journée est construite autour des temps de prières, des psaumes et autres moments d'adoration.



Toujours ouverte, cette maison voit le passage régulier des "amis" du village tout au long de la journée : les plus jeunes viennent faire du vélo dans le jardin, les adolescents viennent jouer au volley dans le grand jardin ou discuter alors que les aînés viennent nous saluer ou apporter bananes, mangues ou autres fruits de leur jardin. Ces allées et venues rendent ce lieu vivant et accueillant, un vrai foyer qui permet à chacun de se retrouver dans un environnement serein et bienveillant : un lieu à l'image de la mission de Points Cœur.



Car, en effet, pour reprendre les mots de Christian de Boisredon, ce qui caractérise Points Cœur c'est que cette association ne construit pas d'hôpital ou de dispensaire, elle n'organise pas de nettoyage de plage ou de rivière, elle ne donne pas de cours aux enfants ou ne distribue pas gratuitement de la nourriture ou des fournitures scolaires à ceux qui en ont besoin.

Non, ils ne "font" rien !


Mais tout simplement parce que leur objectif n'est pas de FAIRE mais d'ETRE !


Leur mission est d'être un refuge pour le cœur de ceux qui sont isolés, pauvres, handicapés ou tout simplement pour ceux qui se sentent seuls ; de porter sur eux un regard bienveillant de compassion et d'amour (agapè), le regard d'un ami, un regard sans jugement mais qui recrée l'humanité là où elle fait défaut : être un "ami", c'est ça la raison d'être de Points Cœur.


Être l'ami qui vient aux funérailles de vos parents, de votre mari, de votre enfant (on en a eu 2 en un mois..).

Être l'ami qui vous accompagne pour vous emmener chez le médecin ou à l'hôpital.

Être l'ami qui vous apporte une présence régulière, lors de visites pour prendre le goûter, discuter ou prier ensemble.

Être l'ami qui vient à votre anniversaire.

Être l'ami qui vous emmène à la piscine.

Tout simplement être cet ami qui a le sourire et qui vous donne le sourire.


On a vécu des moments simples, émouvants et merveilleux pendant ce mois avec Points Cœur. De la visite d'Ate Beatrice en ce jour de Noël dont les larmes qu'elle avait du mal à dissimuler étaient le témoin de la joie qu'une simple visite (la seule visite qu'elle a eue en ce jour de fête) lui avait procurée, au sourire que nous avons réussi à redonner à Ate Norma à force de rencontres alors que la vie n'avait plus beaucoup de saveur pour elle, sans oublier les rires des enfants que nous avons accompagnés à la piscine et tous les autres moments dont Cesare, Louis, Joseph, Renaud, David, Nikolaus, Bryant, Anton Minh (et tous les autres missionaires à venir) ont le secret ! Huit missionnaires dont la vie est rythmée par l'aide, la joie, l'espérance apportée à l'Autre, sans contrepartie, et que nous avons eu la chance d'accompagner pendant ces quelques semaines.



Entre les rires et les pleurs, entre les fêtes et les épreuves, ce mois passé parmi eux aura été extrêmement fort et intense en émotions ! Et c'est précisément en vivant ces moments à leur côté que nous avons mieux compris la place de la religion pour eux. En effet, nous étions au début un peu perplexes face au temps consacré au rituel liturgique. Mais nous avons progressivement compris qu'au-delà de nourrir sa foi et de rassembler les missionnaires, de les fédérer, ces différents moments de prières, de recueillement ou d'adoration étaient autant d'exutoires qui leur permettaient de retrouver la force et le courage de mener à bien leur mission. Une catharsis nécessaire pour absorber les futures charges émotionnelles de leur quotidien (et il y en a beaucoup).


Au-delà d'accompagner l'association dans leur mission quotidienne, nous avions un projet plus concret de construction d'une ferme pédagogique sur le terrain de la maison. Nous avons donc accompagné Kuya Joseph, le membre permanent de l'association en charge du projet, dans ce chantier. La structure béton était déjà terminée à notre arrivée, nous nous sommes donc concentrés sur la fabrication des cages pour les animaux, le forage et la construction du puit qui servira à arroser le futur jardin potager.

Achat de matériel, suivi du budget, ponçage, application de vernis, assemblage... autant de tâches que nous avons pris plaisir à faire et qui ont rythmé nos journées .


Quel est le lien entre cette communauté dont l'objectif est d'être une présence pour les plus isolés et la construction concrète d'une ferme pédagogique ? N'est-ce pas contradictoire ?


C'est en réalité parfaitement complémentaire. L'association avait à l'origine une antenne (une maison) dans un bidonville de Manille, Navotas. Depuis l'ouverture de la nouvelle maison à Libas, la maison de Navotas est désormais fermée, mais ils ont gardé des liens étroits avec tous leurs "amis" là-bas. L'idée est donc de maintenir ce lien et d'organiser des week-ends mensuels avec des jeunes de ce bidonville pour les extraire de leur misère le temps de quelques jours, une façon de leur offrir une escapade loin du tumulte de la ville.


Nous sommes ravis car nous avons clôturé notre séjour par l'inauguration en grande pompe de la ferme pédagogique, dont nous aurons vu l'arrivée des premiers pensionnaires (lapins, poules, canards et chèvres) mais nous n'avons pas vu la réaction des jeunes de Navotas : on attend les photos avec impatience !




S'il est difficile de décrire ces 5 semaines en quelque phrase du fait de la richesse et de l'intensité de tout ce qu'on a vécu à Libas, il est évident que toutes ces personnes rencontrées, toutes ces discussions et tous ces moments partagés resteront gravés à jamais dans nos cœurs et nos mémoires : on a été accueillis comme des rois, on en est reparti comme des frères !


Les enfants notamment ont tissé des relations fortes, que ce soit avec les missionnaires ou avec les gens du village. Ils ont vécu un mois comme des philippins, libres de se balader dans le village au grès de leurs envies. On en savait d'ailleurs souvent plus sur la vie de nos enfants par des photos envoyés par les mamans du village à Cesare que par eux-mêmes !


Le succès de notre petite fête de départ montre bien à quel point nos enfants ont réussi à se faire apprécier et accepter par les jeunes du village !



Par chance, le fait de vivre cette expérience pendant la période de Noël l'a rendue encore plus riche et plus belle. Dans ce pays très catholique, Noël est si important qu'ils commencent à décorer leurs maisons ou à diffuser des chants de noël dès septembre ! Le mois de Décembre est donc extrêmement riche en événements, religieux ou non, qui auront donc rythmé notre séjour : fête de noël du quartier, de l'association, construction de la crèches, messes de Noël, repas de Noël,.... Quelle joie et quelle gaieté à chaque fois ! Ça a bien entendu contribué à rendre notre séjour encore plus magique.



Après ce mois passé à Libas (tout comme après notre expérience à Bonjeruk), on réalise que ce qui fait la force et la richesse de notre façon de voyager en fait aussi la difficulté. Un mois entier passé avec des personnes accueillantes et chaleureuses permet de tisser de vraies relations, d'apprendre à connaitre ces "amis" qui constituent ce "quotidien éphémère", de les apprécier et donc, forcément, de les regretter quand on les quitte. C'est donc à chaque fois avec un petit pincement au cœur qu'on quitte notre projet !


Heureusement, nos quelques semaines à venir à Palawan nous réconforteront !


We'll miss you all !




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